Des moyens pour l'égalité

Une étude sur la perception de l'égalité des chances entre hommes et femmes dans notre région en novembre 1999

La Cofremca Sociovision a établi à notre demande, une étude diffusée en novembre 1999 au sujet de la perception de l'égalité des chances dans la région. Ce travail présente d'une part les données nationales pour ensuite établir un état des lieux comparatifs concernant la région à partir d'entretiens individuels et de réunions de groupes pour constituer un échantillon représentatif de la population âgée de 15 ans et plus selon les critères de l'INSEE. Les grandes conclusions de ce travail sont les suivantes :

Un thème " égalité des chances " qui intéresse moins la région que l'ensemble de la population française, et qui n'apparaît pas d'emblée comme un problème. Les populations féminines sondées n'expriment pas de sentiments d'exaspération, de lassitude ou encore de frustration. Sont désignés comme grands maux de la société et facteurs d'un certain malaise voire d'une fracture, les phénomènes de chômage, de pauvreté et de violence. La problématique d'égalité hommes/femmes est, quant à elle, relayée au rang des préoccupations plus mineures. Il est important de souligner que cette façon de penser sans chercher à différencier ces problèmes selon le sexe conduit à ne pas insérer le thème des violences conjugales dans une perspective des inégalités entre les hommes et les femmes mais de l'expliquer d'une manière temporelle, à la lumière du contexte économique. La constance multiséculaire du phénomène est occultée dans les esprits. L'étude met également en avant que des constats d'inégalités sont avoués mais qu'ils ne sont pas véritablement perçus comme des problèmes. Au contraire, ils sont désignés comme des faits logiques et il est dit vain et inutile de chercher de vouloir exercer sur eux une certaine résistance. Il n'y a donc pas de stigmatisation ; cette démobilisation inconsciente n'est que l'intégration de préjugés, de dénis de la réalité.

Un réel décalage par rapport à l'ensemble de la population française sur les thèmes de l'égalité hommes/femmes : une population plus traditionnelle.

La région se caractérise par la prégnance vive d'un contrôle social qui inhibe les initiatives ou même seulement les velléités d'agir à l'encontre d'un certain modèle traditionnel imposé comme une norme. La peur du jugement, du " qu'en dira-t-on " s'explique contre toutes vraisemblances par le passé industriel d'une région où les relations sociales constituaient un système aux liens complexes, enchevêtrés, multiples, indestructibles. Le besoin d'une construction identitaire, de la reconnaissance de ceux qui appartiennent à une même communauté ouvrière solidaire est apparu comme conséquence logique d'un comportement d'autodéfense de ceux qui reçoivent les ordres.

Cependant, l'égalité hommes/femmes est un principe acquis.
Par exemple, le principe du droit au travail des femmes est largement accepté même plus encore : 94% des personnes interviewées dans la région Nord considèrent que les femmes ont autant besoin d'une vie professionnelle que d'une vie familiale (contre 91% de la population totale). Est bien ancrée l'idée des femmes comme douées d'autonomie et compétentes professionnellement.

Mais les réticences se manifestent vis-à-vis de la participation publique et citoyenne et de l'occupation des postes élevés.
Un certain nombre de femmes est même encore plus jusqu'au-boutistes dans ces raisonnements négatifs à l'encontre des femmes publiques au point d'apparaître encore moins égalitaires que les hommes. Les femmes publiques négligeraient selon leurs dires pour leur ambition personnelle le bien être de leur enfant et sacrifieraient leur vie de couple. L'idée de la femme politique comme alibi pour rapporter des voix, utilisée par les partis politiques est souvent évoquée.

Dans le cadre de la vie domestique, l'égalité est plus largement acceptée.

L'idée qui prédomine est celle d'un consensus à l'amiable qui insiste sur la complémentarité des goûts et des disponibilités de chacun. Mais il ne s'agit en rien d'un partage égalitaire l'homme dans le couple est celui qui " donne un coup de main ", " aide ", " met la main à la pâte ". Les pères sont décrits comme plus présents dans l'écoute et l'éducation des enfants mais ce rôle est encore volontiers reconnu comme la chasse gardée des femmes.

Des populations porteuses de la problématique :
les professions supérieures et intermédiaires ; les populations les plus jeunes (elles ont l'impression d'une égalité largement accomplie mais en même temps place cet accomplissement dans le monde dans lequel elles évoluent. Il n'est pas ressenti comme le fruit d'un long processus historique; les populations les plus urbaines.

Des facteurs de ralentissement :
la réticence des femmes :
Elles s'affichent comme satisfaites de leur liberté qui les a amenées à pouvoir établir des choix de vie. Elles mettent en avant les évolutions gagnées sans en demander davantage. Elles sont particulièrement attachées à leur rôle sexuel dans leur vie domestique et familiale et se disent plus enclines à gérer de la meilleure façon qui soit les responsabilités qu'incombent l'éducation d'un enfant et le quotidien de la maison. Les femmes vont même plus loin dans cette volonté d'être protectrices, elles veulent préserver la fierté des hommes. Fait marquant :lorsque leur salaire est supérieur à celui de l'époux, un mécanisme, qui les incitent à mettre les bouchées doubles à la maison pour compenser, se met aussitôt en place. Les hommes qui tiennent beaucoup plus un langage politiquement correct n'échappent pas pour autant à certaines limites dans leur ouverture d'esprit.
une culture ouvrière.

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